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17.09.2009

L’année Chopin 2010 à Dresde

C'est à Dresde que le grand pianiste et compositeur polonais devait trouver, avant de le perdre, son premier grand amour / La »Valse de l'adieu« ou »Valse de Dresde« op. 69,1

Toute l'année 2010 durant, le monde de la musique commémorera le 200e anniversaire de la naissance de Frédéric Chopin, pianiste et compositeur polonais, né le 1er mars 1810. Dresde, où il s'est rendu à quatre reprises, figure parmi les lieux mar-quants de son existence.
C'est à peine âgé de 19 ans que Chopin, déjà au faîte de sa renommée, séjourna pour la première fois dans la grande cité musicale saxonne, du 26 août au 2 septembre 1829. Il était alors descendu à l'ancien Hôtel »Stadt Berlin«, détruit lors de la Seconde guerre mondiale puis reconstruit en 2006 sous le nom »Hôtel QF« et c'est à cette occasion qu'il rencontra notamment le maître de chapelle de la Hofkapelle de Dresde, l'Italien Francesco Morlacchi.

Chopin séjourna par deux fois à l’hôtel Stadt Berlin (à gauche), reconstruit en 2006 sous le nom de Hôtel QF. Photo: Christoph Münch

Exil de Pologne et départ, via Dresde, pour Paris

En 1830, Chopin prit le chemin de l'exil, pour des raisons avant tout politiques, quittant sa patrie occupée par la Russie et se rendant à Vienne, puis à Paris, en passant, à l'instar de nombreux émigrés polonais, par Dresde.

En effet, l'accession du prince-électeur de Saxe, Auguste dit le Fort, au trône de Pologne en 1697 avait resserré les liens unissant la Saxe et la Pologne, malgré l'absence de frontière commune, une importante colonie polonaise s'étant établie par la suite dans la cité princière de Dresde. Le musée Kraszewski l'atteste encore aujourd'hui, installé dans la villa du poète Josef Ignacy Kraszewski (1812-1887), qui émigra à Dresde en 1863.

Chopin arriva à Dresde le 12 novembre 1830, rencontrant l'organiste de la Hofkirche August Alexander Klengel, lequel tenta en vain d'organiser un concert impromptu pour le pianiste polonais. Dans une lettre, celui-ci se confiait »Il a bien essayé de me convaincre de remonter sur scène mais je suis sourd à ce genre de discours. Je n'ai pas de temps à perdre et ce n'est pas à Dresde que je trouverai ni la richesse ni la gloire«. Chopin s'est toutefois rendu à l'opéra lors de ce séjour, assistant notamment à une représentation de La Muette de Porticci d'Auber ainsi qu'à Tancredi de Rossini.

»Le roi était dans la salle, entouré de toute sa cour – de même qu'aujourd'hui lors de la grand'messe dans la »Kapelle« [aujourd'hui cathédrale]. On y joua une messe du Baron Miltitz, un des artistes d'ici, sous la direction de Morlacchi.«Chopin fut bien obligé de se mettre au piano lors de nombreuses réceptions données par le tout-Dresde (»J'étais pris comme un chien«) – cela dit, c'est à cette occasion qu'il fit la connaissance des princesses saxonnes Auguste et Marie Louise de Bourbon – celle-là même qui donna son nom à la Louisenstraße du quartier de la Neustadt.

Dès lors que Chopin s'intéressait au plus haut point à la vie musicale de Dresde, les côtés touristiques de cette visite se trouvèrent relégués à l'arrière-plan. »Hors de la Galerie de peinture (Gemäldegalerie), je n'aurai rien revu de Dresde cette fois-ci. Avoir vu la Voûte verte une fois dans sa vie suffit amplement.« C'est en revanche lors de ses contacts avec les cercles polonais de Dresde qu'il fit la connaissance de la Comtesse Delfina Potocka, également connue en tant que cantatrice et qu'il noua avec elle une profonde amitié. C'est ainsi qu'il écrivait, dans une lettre datée du 21 novembre 1830: »La semaine à Dresde est passée à toute vitesse, je n'ai pas vu passer le temps.«

Amoureux à Dresde

La vie amoureuse de Chopin est si secrète que les spécialistes, à la lecture de sa correspondance intime avec son ami Titus, en sont venus à douter de son orientation. Mais il demeure que la Comtesse Potocka fut très vite désignée comme »l'amour secret« de Chopin. Il est vrai que c'est à elle qu'il dédia son second Concerto pour piano, et c'est elle également, qui se rendit au chevet de son lit de mort, en 1849, à Paris.

Une plaque de bronze

Le 19 septembre 1835, Chopin se rendit de nouveau à Dresde, venant cette fois de Karlsbad, et séjournant jusqu'au 3 octobre à l'Hôtel »Stadt Gotha«, dans la Schloßstraße. Une plaque de bronze, à l'emplacement de l'hôtel, détruit lors de la Seconde guerre mondiale, rappelle ce séjour qui devait rester pour Chopin un épisode mémorable de sa vie. C'est là en effet que le jeune Polonais, âgé de 25 ans, semble s'être épris de Maria Wodzinska et de ses seize printemps, fille de la famille auprès de laquelle Chopin passa une grande partie de ces deux semaines à Dresde.

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La Valse de l'adieu ou « Valse de Dresde »

Marie chantait, jouait du piano, peignait également. Ensemble, ils parcoururent Dresde et ses musées, les berges de l'Elbe ; ensemble, ils jouèrent de la musique des soirées durant. Mais Chopin repartit en direction de Paris, via Leipzig – pour y rencontrer notamment Robert Schumann et sa future épouse Clara Wieck, lesquels élurent Dresde pour domicile en 1843 (voir www.dresden.de/schumann). Chopin composa toutefois, avant de partir, cette Valse en la bémol majeur op. 69 n°1, connue sous le nom de Valse de l'adieu. Il en offrit le manuscrit à Maria, ainsi que celui du Nocturne en mi bémol op. 9,2, l'annotant de ses mots : »soyez heureuse«.

Un an plus tard, du 29 août au 11 septembre 1836, Chopin séjourna de nouveau à l'hôtel »Stadt Berlin« de Dresde, après avoir retrouvé Maria à Marienbad – l'occasion de fiançailles secrètes. C'est à Dresde qu'il la demanda enfin en mariage. Mais les parents de Maria repoussèrent le prétendant, de santé déjà fragile, exigeant de lui des preuves d'amour financières hors de sa portée, pour rompre finalement les fiançailles. Après la mort du compositeur, on retrouva parmi ses effets des souvenirs de ces lointaines amours dans une enveloppe sur laquelle Chopin avait écrit »Moja Bieda« (mon malheur). Quant à Maria, elle laissa une aquarelle représentant son financé, les bras croisés, et de la mélancolie plein le regard.

Hormis la Valse de Dresde, Chopin composa dans la capitale de Saxe deux des Etudes op. 25 ainsi qu'une mélodie. Dresde rendit plus tard hommage au compositeur en baptisant de son nom une rue du quartier de Bühlau.

Chopin et l'arrière-arrière petite fille d'Auguste le Fort

La plus profonde et la plus passionnée des liaisons de Chopin se noua en 1838 dans la maison de Franz Liszt. C'est là en effet qu'il fit la connaissance de George Sand (1804-1876), fumant cigare en habits d'homme, pionnière de l'émancipation des femmes. Chopin fut tout d'abord dégoûté : »Quelle femme antipathique ! Mais est-ce vraiment une femme ? Je serais tenté d'en douter.« Par la suite, celle-ci devint sa compagne, jusqu'à une séparation jamais totalement élucidée, en 1847. Mais quel rapport avec Dresde?

Le père de la dame en question, un officier, n'était autre qu'un petit-fils de Maurice de Saxe, Maréchal de France, lui-même fils adultérin du fameux électeur de Saxe et roi de Pologne, Auguste, dit le Fort. Dans le Musée de la vie romantique à Paris, on peut admirer un de ses portraits au pastel, provenant des collections de George Sand, très semblable au portrait que l'on peut admirer à Dresde dans la Gemäldegalerie Alte Meister. Maurice est également le personnage principal de l'opéra Adrienne Le-couvreur de Francesco Cilea… mais c'est là une toute autre histoire.

Au cours de l'année Chopin 2010, hommage sera rendu au compositeur par de nombreuses manifestations. Le programme des concerts de la Ville de Dresde est accessible sur internet sous www.dresden.de/veranstaltungen; en entrant le mot »Chopin« dans la recherche par mots-clefs, vous trouverez toutes les dates de concert à Dresde présentant des programmes autour du compositeur.

Maurice Quentin de la Tour : Maurice de Saxe – Musée de la Ville de Paris, Musée Carnavalet de la Vie Romantique. Photo: Archives